Jacques Rojot est professeur de gestion à l’université Paris-II, directeur du CIES.
Les Centres d’initiation à l’enseignement supérieur (CIES) ont fêté en mai leur vingtième anniversaire. Malgré leur inscription dans la durée, ils restent peu connus. Pouvez-vous préciser leur rôle ?
Il en existe quatorze en France, chacun au service de plusieurs universités. Ils ont été institués par un décret du 30 octobre 1989 relatif au monitorat d’initiation à l’enseignement supérieur qui stipule dans son article 3 que « les moniteurs bénéficient de stages annuels de formation dispensés dans des centres d’initiation à l’enseignement supérieur ». S’ils restent peu connus, y compris sans doute au sein de la communauté universitaire, c’est qu’ils ne concernent que peu de monde, soit les allocataires moniteurs, c’est-à-dire parmi les thésards qui bénéficient d’une allocation de recherche, ceux qui sont chargés de cours et qui se destinent à l’enseignement à l’université. Depuis les derniers embauchés, en 2009, il faut d’ailleurs parler de doctorants contractuels. Même si les quatorze CIES bénéficient d’une grande souplesse d’organisation, ils ont en commun d’être tous des structures légères, sans personnalité morale, avec très peu de permanents. Ils ont vocation à être pluridisciplinaires mais certains se sont spécialisés : c’est le cas du CIES Sorbonne tourné vers les sciences sociales et les sciences humaines. Les intervenants sont très souvent d’anciens moniteurs devenus maîtres de conférences.
Comment la formation s’organise-t-elle aujourd’hui ?
En moyenne, un cycle de formation correspond à dix heures de formation par mois sur trois ans. Le contenu de la formation est orienté vers la pédagogie, pas vers la discipline. Il dépend aujourd’hui du cahier des charges, élaboré par le ministère de l’enseignement supérieur en 2004, qui fixe deux axes de formation. L’un, centré sur le développement des pratiques pédagogiques liées au métier d’enseignant-chercheur, comprend des séminaires pédagogiques et est tourné vers la connaissance du milieu universitaire, des réactions des étudiants. L’autre est dédié à la diffusion de la culture scientifique et technique par la réalisation de projets pluridisciplinaires. Les moniteurs apprécient beaucoup la dimension transdisciplinaire de ces projets : pour la première fois, et peut-être la dernière, de leur vie universitaire, un chimiste, un musicologue, un juriste se retrouvent côte à côte à travailler ensemble avec un objectif commun. D’une manière générale, sans pédagogisme excessif, nous préparons les moniteurs aux situations qu’ils rencontreront quand ils entreront dans la carrière.
La réforme de l’université et la loi relative aux libertés et responsabilités des universités constituent-elles vraiment une menace pour les CIES ?
Je ne pense pas qu’il faille se montrer inquiet pour leur avenir. Ils ont prouvé leur utilité. Dans les établissements où existent des écoles doctorales, ils en sont apparus très complémentaires, les écoles formant à la recherche, les CIES étant davantage tournés vers l’enseignement. L’autonomie des universités ne devrait pas jouer contre eux. Elles bénéficiaient déjà dans ce domaine de beaucoup d’indépendance. Si la formation est obligatoire, le recours à un CIES ne l’est pas : chaque université peut monter sa structure. Certaines l’ont déjà fait, Paris-VII-Denis-Diderot, par exemple. Leur financement était déjà dépendant du bon vouloir de leur université, ou du groupe d’établissements auquel ils étaient rattachés. Il s’agit de budgets modérés, en moyenne 300 euros par an et par moniteur. Au CIES Sorbonne, nous sommes plutôt autour de 210 euros : nous sommes à budget constants avec une augmentation notable du nombre de moniteurs concernés.
Le regroupement des universités dans les pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES) modifie-t-il la donne ?
Avec leur caractère interuniversitaire qui favorise l’interdisciplinarité, les CIES ont vocation à devenir un service du PRES. Cela peut conduire à des recompositions géographiques. Avec ses quinze établissements, dont l’université de Reims, le périmètre du CIES Sorbonne excède celui d’un PRES. Dans cette nouvelle logique, l’université de Reims nous quitterait pour rejoindre un CIES plus proche de son territoire.
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