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Daniel Auverlot : « Les établissements de réinsertion scolaire sont des prototypes en phase de rodage »

Daniel Auverlot est inspecteur d’académie pour la Seine-Saint-Denis.

Les débuts chaotiques des établissements de réinsertion scolaire (ERS) remettent-ils en cause leur existence ?
Je n’ai rien à ajouter à ce qu’a dit Luc Chatel, qui a exclu cette possibilité. Sauf que je ne parlerais pas de débuts « chaotiques ». C’est un projet innovant, un prototype en phase de rodage. On est en train, avec les ERS, de s’occuper d’une frange de public scolaire qui, jusqu’ici, n’était pas vraiment prise en compte : les élèves en grande difficulté scolaire, qui sont parfois notoirement absentéistes, et dont les difficultés scolaires peuvent rejaillir sur leur comportement dans le cadre du groupe. Si on ne s’occupe pas de ces élèves, ils vont aller vers l’absence de qualification et, demain, c’est vous et moi qui paierons leur RSA. La dépense que nous faisons aujourd’hui est un investissement.

N’est-ce pas le système des ERS qui pose problème en intégrant des élèves perturbateurs dans des collèges ordinaires ?
Tous les ERS n’ont pas le même fonctionnement. Certains sont dans des lieux propres, d’autres sont reliés à des établissements. Leurs projets pédagogiques ne sont pas les mêmes. Je trouve que ça peut être bien pour des jeunes d’avoir leur propre programme d’enseignement, parce qu’on ne peut pas les mettre dans des classes normales, où ils ne tiendront pas. Mais c’est bien aussi qu’ils soient dans une structure scolaire où il y a d’autres jeunes.

Alors pourquoi, comme au collège de Craon, en Mayenne, tout est fait pour que les deux publics scolaires ne se croisent pas : les temps de cours et de récréation sont décalés.
A Craon, il était prévu qu’il y ait progressivement des activités pédagogiques qui soient communes avec des élèves du collège et des élèves de l’ERS. Je garde l’espoir qu’on y arrive un jour.

Y a-t-il un plan « B » pour les ERS, pour corriger leur mauvais départ ?
Il n’est pas question de solution de rechange. Mais, quand on est face à un prototype, on constate les améliorations à lui apporter. On est en train d’y réfléchir posément et je me refuse à répondre dans la précipitation, à la minute.

Les ERS n’ont-ils justement pas ouvert trop tôt, entre la volonté de Nicolas Sarkozy exprimée en mars dernier et leur ouverture en septembre ?
On a dix ans d’expérience des classes relais. Nous savons développer des compétences, des projets pédagogiques, des savoir-faire sur le terrain. Qu’est-ce qu’un ERS ? C’est une classe relais avec un internat. On ne peut donc pas parler de précipitation. L’expérience des classes relais nous a permis de monter des projets pédagogiques d’une grande qualité, et reposant sur des équipes de gens expérimentés et soudés.

Dans les ERS, les jeunes suivent plutôt un programme de réinsertion. On leur apprend plus à réapprendre le respect des règles sociales que des matières scolaires...
Qu’est-ce qui vous permet de dire ça ? Il y a quatre objectifs dans les ERS. Le premier est un objectif d’autonomie, de responsabilisation et de vie collective. C’est normal que la première semaine on insiste là-dessus. Surtout pour des jeunes qui n’ont jamais vécu en internat. Le deuxième objectif, c’est de passer par une « pédagogie de projet » fondée sur le travail en groupe et sur la découverte. Le troisième, c’est, en cours d’année scolaire, de réintroduire des disciplines d’enseignement, pour préparer leur retour dans leur collège d’origine. Le quatrième axe du projet, c’est d’avoir un contact avec cet établissement, afin qu’ils ne soient pas perdus quand ils y retourneront. Il est d’ailleurs prévu qu’ils passent quatre semaines, dès cette année, dans l’établissement où ils seront l’année prochaine.

Que vont devenir les jeunes qui ont été renvoyés dans leur foyer ?
Nous allons les recevoir ainsi que leurs familles pour étudier toutes les solutions possibles. Mais nous ne ferons aucune publicité là-dessus. On entre là dans la sphère du privé et de la scolarisation individuelle.