Anna Van den Kerchove est responsable formation-recherche à l’Institut européen en sciences des religions.
Vous avez rendu publics, le 8 juin, les premiers résultats de votre recherche sur la place des faits religieux dans les programmes d’histoire-géographie de collège, mis en place en 2008. La religion y est-elle davantage abordée que dans les programmes précédents ?
En classes de 6e et de 5e, la place accordée aux faits religieux est peu près équivalente par rapport aux anciens programmes. En 4e, l’accent est davantage mis sur la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905. En 3e, rien n’a changé : les faits religieux sont toujours absents du programme. Notre analyse ne se limite toutefois pas aux programmes. Nous avons pris en compte les manuels scolaires conçus par les éditeurs et les documents d’accompagnement des programmes, élaborés par l’institution et accessibles aux enseignants.
L’enseignement des faits religieux est-il satisfaisant ?
Dans l’ensemble, oui. On constate toutefois quelques simplifications et des notions absentes dans les programmes. Par exemple, en 6e, on peut regretter l’impasse sur les faits religieux dans l’Orient ancien, ou que le judaïsme soit abordé juste après l’étude de l’Empire romain, ce qui le coupe de ses racines orientales. On peut déplorer aussi que, en 5e, le chapitre sur l’Afrique n’évoque pas les religions présentes sur ce continent. En 4e, les lois Ferry sur l’école laïque et la loi de séparation des Eglises et de l’Etat de 1905 sont sorties de leur contexte. Le programme ne fait aucune référence au conflit entre les deux France -catholiques monarchistes contre républicains laïcs- dans la seconde
moitié du XIXe siècle. On peut donc craindre que les élèves saisissent mal les origines de la laïcité française.
Les trois religions monothéistes sont-elles traitées de manière équivalente dans les programmes ?
Seul le programme relatif à l’Antiquité évoque les trois monothéismes de la même manière. Au Moyen Age, l’accent est naturellement mis sur le christianisme. Les chapitres consacrés au monde moderne abordent le conflit entre catholiques et protestants en Europe, mais occultent le judaïsme et l’islam. Enfin, le programme relatif à la période contemporaine ne parle de l’islam que sous l’angle du terrorisme, et du judaïsme sous celui de l’antisémitisme et du conflit au Proche-Orient. Cette lacune est révélatrice d’une certaine frilosité à aborder des questions complexes. Par ailleurs, les programmes sont centrés sur l’histoire des Européens. Il peut en découler une assimilation trompeuse entre christianisme et monde occidental. Les autres religions en Europe de l’Ouest, telles que l’orthodoxie ou l’islam, ne sont quasiment pas abordées.
Quelle vision de la laïcité transparaît dans les programmes ?
Les programmes, on l’a vu, n’abordent pas le contexte de la loi de 1905. Dans les manuels scolaires, la définition de la laïcité est simplifiée, voire durcie parfois. Il en ressort en effet que l’Etat est totalement indépendant vis-à-vis de toutes les religions. Ce n’est pas exactement l’esprit de la loi. Par exemple, les manuels citent l’article 1er (la liberté de conscience et de culte) et la première partie de l’article 2 (« L’Etat ne reconnaît (...) ni ne subventionne aucun culte »). Mais ils évincent la deuxième partie : l’Etat finance les aumôneries dans les lieux fermés tels que les établissements scolaires, les prisons ou les hôpitaux. Les éditeurs ont sans doute pensé que ce passage était trop compliqué pour les élèves. Rappelons que leur but est de bien vendre les manuels...
Quels conseils donneriez-vous pour enseigner les faits religieux ?
Il est nécessaire de contextualiser le plus possible les faits, de décloisonner les disciplines (cela décloisonne aussi l’esprit), de discuter avec les élèves, même après le cours, quand la parole est plus libre, d’expliciter des concepts avant d’aborder les points sensibles... L’enseignement des faits religieux, si complexe soit-il, est fondamental. Il offre une compréhension de l’histoire et du présent. Il donne à voir la diversité des visions du monde et apprend à comprendre l’autre, avec son histoire et ses particularismes.
Personnels Evaluation des enseignants : Luc Chatel lance le débat
Enseignement secondaire L’étude du genre dans les nouveaux programmes de SVT fait débat
Enseignement supérieur Une épreuve du concours de 6e année de médecine est annulée et reportée
Politique éducative Les réseaux ambitions réussite seront supprimés à la rentrée
Politique éducative Le livret de compétences s’enlise
Politique éducative Scolarisation des enfants handicapés : Nicolas Sarkozy promet plus de postes
Vie scolaire L’éducation nationale se lance dans la lutte contre le cyber-harcèlement
Technologies éducatives L’enseignement catholique élargit son projet « défi sans écrans »
Les chiffres Encadrement des élèves du premier degré :des disparités fortes entre départements